La Camarguaise, Françoise Bourdin

Bonjour,

Aujourd’hui, je m’apprêtre à évoquer un de ces livres qu’on a tous oublié dans sa bibliothèque pendant plusieurs années… J’avais abandonné La Camarguaise jusqu’à découvrir sa sortie au format poche et décider de lui donner une nouvelle chance.

20171105_114153.jpg

Dans le Sud de la France, une jeune femme belle et vive doit faire des choix pour protéger les traditions qui lui sont chères tout en assurant le futur de sa famille et le sien. Pour sauvegarder la bastide familiale, le Biloba, au bord de la ruine, elle décide d’en faire un hôtel de luxe malgré les critiques de son entourage. Mais elle doit aussi aller de l’avant pour construire sa propre vie…
Si j’ai trouvé dépaysant cette plongée dans une vision -stéréotypée- de la Provence et de la Camargue traditionnelles et intéressant le personnage féminin indépendant et doué de force de caractère, le style et l’histoire ne m’ont pas semblé marquants.
Une lecture brève et peu exigeante, pertinente pour un voyage ou un week-end à l’intérieur.
Publicités

Contes d’amour de folie et de mort, Horacio Quiroga

Bonjour !

Ayant récemment découvert le genre des cuentos latino-américains, j’ai choisi de commencer par lire ce recueil et de vous le présenter. Il a été publié en 1917 sous le titre de Cuentos de amor de locura y de muerte et, en France, en 2000 aux éditions Métailié dans la collection Suites (suite hispano-américaine) traduit par Frédéric Chambert.

Horacio QUIROGA (1878 Uruguay – 1937 Argentine)

Horacio_Quiroga

Son père meurt quand il est âgé de trois mois, puis son beau-père se suicide alors qu’il a dix-sept ans. En 1900, ses deux frères succombent à la fièvre typhoïde et, l’année suivante, il met accidentellement fin à la vie de son meilleur ami. Cette facilité imprévisible de mourir marque largement ses écrits.

Il s’établit en Argentine, d’abord à Buenos Aires. Le gouvernement cherchant à favoriser l’évangélisation de la province reculée de Misiones, Quiroga s’installe à San Ignacio, au milieu forêt tropicale. Il a deux enfants de sa première femme mais, supportant mal leur vie isolée et dangereuse, elle se suicide en 1915.

À partir des années 1920, Quiroga gagne une renommée internationale avec des traductions aux États-Unis et en France. En 1927, il se remarie. Il regagne sa ferme de Misiones en 1932. Cependant, malade, il doit rejoindre Buenos Aires où on lui diagnostique un cancer de la prostate. Il se suicide à l’hôpital le 19 février 1937.

Après lui, son dernier amour, sa fille, un de ses amis et son fils se suicident également.

Style

Inspiré par Edgar Allan Poe, Rudyard Kipling et Guy de Maupassant, Quiroga reprend les codes de la nouvelle fantastique pour ses cuentos. Chaque détail réaliste est étrange et crée une atmosphère d’horreur pour alimenter l’ambiguïté entre le plausible et l’imaginaire, dans une atmosphère d’hallucination, de folie et de violence. On retrouve le réalisme magique qui se déploiera avec notamment Gabriel Garcia Marquez. Le style est précis et percutant, pour que les nouvelles puissent être lues d’une traite, sans en briser la tension narrative ni en diminuer la surprise finale. Ayant souvent recours au cadre sauvage de Misiones, dans le Nord de l’Argentine, Quiroga souligne la vulnérabilité de l’existence face à l’hostilité et de la démesure d’un monde barbare et irrationnel, qui se manifeste par des catastrophes naturelles. Dans certains textes, il évoque aussi la condition des peones en Amérique du Sud.

Cuentos de amor de locura y de muerte

 

contes damour de folie et de mort (s)-300x460

Ce recueil regroupe 15 contes dont, comme son titre l’indique, trois thèmes se dégagent : l’amour entraîne la folie qui mène à la mort.

« La poule égorgée » montre l’horreur de la cruauté des enfants.

« Les bateaux suicides« , nous plonge dans une impression brumeuse de lavage de cerveau en nous embarquant sur un bateau magique dont les marins, pris de folie, ne reviennent pas.

« Le solitaire » nous fait découvrir un joaillier et son épouse, qui regrette de ne pas avoir obtenu une vie plus luxueuse en se mariant. L’homme tente de satisfaire sa femme sans se mettre en danger. Mais cette dernière est rendue hystérique par sa frustration. On peut relever la ressemblance de ce texte avec « La Parure » de Maupassant, nouvelle dans laquelle un couple est plongé dans la tourmente à partir du moment où la femme convoite un bijou ne lui appartenant pas.

« L’oreiller de plumes« , sans doute le texte le plus fantastique du recueil, ressemble à un conte de fées.

« La mort d’Isolde » traduit l’amertume et la tristesse d’un homme qui revient sur un amour perdu. Ce cuento est contruit sur des flashbacks et des hallucinations.

« A la dérive » est le récit dont la fin est la moins surprenante mais elle arrive très rapidement, sans laisser le temps au lecteur de s’y attendre.

Dans « L’insolation » on a accès au point de vue d’animaux qui peuvent voir la mort arriver mais ne peuvent rien contre elle.

Dans « Les barbelés« , le récit du point de vue de chevaux dénonce la cruauté des hommes, qui gagnent contre les animaux les plus rusés et les plus puissants.

« Les tâcherons » met en scène des peones (employés de ferme presque réduits en esclavage) et leur espoir d’échapper à leur condition.

« Yaguaï » est le nom d’un petit chien qui traverse des épreuves pour rendre son maître fier…

« Les pêcheurs de grumes » traite de la récupération de bois le long de la rivière pour que les riches exploitants de fermes et de plantations en fassent des meubles. L’ironie de la fin fait l’intérêt de ce récit.

« Le miel sylvestre«  illustre la connaissance de la selva (jungle) et de l’ironie du sort de l’auteur.

« Notre première cigarette » évoque la sensibilité des enfants et la cruauté de leur vengeance.

Dans « Une saison d’amour« , Nébel rencontre Lidia lors d’un carnaval -comme Quiroga a rencontré son premier amour en 1898. Leur amour pur est menacé par les intentions obscures de la mère de Lidia et l’opposition du père de Nébel.

Enfin, dans « La méningite et son ombre« , un jeune homme est appelé au chevet d’une presque inconnue qui, dans les délires de la fièvre, est tombée amoureuse de lui. Comme dans « La mort d’Isolde » et « Une saison d’amour », leur amour n’est elle que le souvenir ténu d’évènements brefs appartenant au passé, et probablement au rêve ?

Les situations angoissantes et irrationnelles se succèdent : questions restées sans réponses, regrets, violence de la nature et des hommes mènent à une folie peuplée de rêves, voire d’hallucinations. La fin, brutale, traduit une déception résignée qui atteint un point de non retour et laisse amer. Néanmoins, l’auteur conserve une pointe d’ironie.

 

Les cuentos qui m’ont le plus plu sont, malheureusement, les moins exotiques : « Le solitaire », « La mort d’Isolde », « Une saison d’amour » et « La méningite et son ombre » car j’ai aimé leur traitement à la fois fantastique et désabusé de l’amour de la folie et de la mort. Tous les textes du recueil captivent, se lisent rapidement et laissent une forte impression. Si vous n’êtes pas familier avec le genre du cuento latino-américain, je vous conseille d’y jeter un oeil…

Bonne lecture !

Test/Tag PKJ : Le Temps

Bonjour !

Le temps file, je n’ai pas écrit depuis très longtemps… J’ai l’impression que tout m’échappe, que je rate les occasions les unes après les autres depuis quelques mois. « This too shall pass ». Consacrons quelques instants à cette question universelle et… aux livres.

time

1) Citer un livre qui se déroule (au moins en grande partie) de nuit.

51zuvg1x3al-_sx195_

Pour vagabonder dans Paris avec Blaise Cendrars et Erik Satie, cliquez ici 😉

2) Citer un livre qui se déroule sur un espace-temps assez court (1-3 jours).

vingt-quatre-heures-de-la-vie-d-une-femme-7325-250-400

Au cas où vous ne l’auriez toujours pas lu…

3) Citer un livre qui aborde le thème du voyage dans le temps.

Je passe !

4) Citer une série pour laquelle chaque livre représente une année.

Idem :/

5) Quel est le livre de votre bibliothèque qui a été écrit il y a le plus longtemps ?

L’Enéïde de Virgile.

6) Quel est le livre de votre bibliothèque qui a été écrit le plus récemment ?

 

DSC_0340
Ma chronique est ici

Mais je n’en suis pas certaine.

7) Citer un livre qui présente un élément de temps sur sa couverture.

9782264067265_1_75
Ici

8) Citer un livre avec des flashbacks.

couv8474672

Un très grand coup de coeur. 

9) Citer un livre que vous avez lu très vite.

Crea_Vue1_Couverture-Mar
Ici

10) Citer un livre que vous avez lu très lentement.

9782070412891_1_75

Il faut s’accrocher mais ce livre en vaut vraiment la peine.

11) Citer un livre qui se passe dans le passé (par rapport à la date de publication) mais qui n’est pas un livre historique.

9782070419654_1_75
Par ici 😉

12) Citer un livre qui se passe dans le futur.

Passe !

13) Citer un livre dont le titre présente une notion de temps.

9782290350386_1_75

Une lecture importante à mon sens…

14) Citer un livre (pas une série) dont l’intrigue se déroule sur plusieurs années.

couv66224736
Un dernier lien vers une chronique…

Voilà pour cette « compilation » ! Quelles auraient été vos réponses ?

Poser nue à la Havane, Anaïs Nin à Cuba, Wendy Guerra

Bonjour !

En parcourant les articles de BDP, vous pourrez remarquer que l’histoire de Cuba est un de mes centres d’intérêt, notamment avec ma chronique sur 33 révolutions de Canek Sanchez Guevara. De plus, cette année, j’ai évoqué ma lecture de Henry et June, une partie des journaux d’Anaïs Nin (EN) (FR). Logiquement, en apprenant que l’auteure cubaine Wendy Guerra a écrit un livre sur une période qu’Anaïs Nin a passée à La Havane, je n’ai pu résister !

9782234064409_1_75

Le roman le plus connu de Wendy Guerra est probablement Todos se van -travail à partir des ses journaux intimes qui a donné lieu au film Everybody Leaves– et son dernier roman, Dimanche de révolution, vient d’être publié en France pour la rentrée littéraire. L’auteure écrit principalement des histoires d’artistes cubains rejetés par leur société, dont l’oeuvre est bannie de Cuba, tout comme la sienne puisque, malgré sa reconnaissance internationale grandissante, Poser nue à la Havane est le seul de ses romans qui a été édité sur l’île.

Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait choisi Anaïs Nin comme sujet. Cette-dernière avait des origines cubaines et a vécu en Europe (notamment en France) et aux Etats-Unis. Elle possédait une personnalité très complexe marquée par une imagination dévorante et le traumatisme de l’abandon de son père qui ont rendu ses relations fragiles et l’ont fait se réfugier dans la psychanalyse et l’écriture de journaux intimes tout au long de sa vie. C’est donc un personnage généralement mal compris par les autres et lui-même.

A l’âge de 19-20 ans (en 1922), Anaïs Nin avait rencontré Hugo Guiler, un riche américain. Leurs familles s’opposaient à leur amour, le milieu plus modeste dont était issue Anaïs Nin rendant inconsidérable leur union. La famille de Hugo l’a envoyé en voyage et celle d’Anaïs à Cuba, auprès de ses oncles, tantes et cousins, en espérant que la distance les aide à s’oublier et qu’Anaïs rencontre un bon parti cubain. Anaïs écrit à Hugo, qui lui répond à peine, et souffre énormément. Puis, elle découvre l’île de ses origines, ses quartiers huppés côtoyant la pauvreté, ses artistes, son désespoir et sa joie de vivre. Elle rencontre des personnages à part qui changeront sa vie et apprend à mieux comprendre qui elle est tout en cherchant la trace de son père à chaque coin de rue.

Wendy Guerra reprend quelques extraits des journaux de son sujet et les relie grâce aux recherches qu’elle a effectuées, pour tenter de reconstituer le moment où Anaïs est devenue une femme et le Cuba qu’elle a parcouru, au cours de la période de sa vie où elle a le moins écrit. Cette alternance peut être déstabilisante au début de la lecture, d’autant plus qu’Anaïs Nin est traduite de l’anglais et Wendy Guerra de l’espagnol, ce qui altère certainement le style original. Cependant, je me suis facilement attachée aux personnages et aux décors. L’aspect psychologique du roman crée parfois des longueurs mais la recherche perpétuelle d’Anaïs du sens de l’amour et de sa personnalité est fascinante.

Cette lecture permet d’en apprendre plus sur Cuba et son histoire, ainsi que sur une écrivaine importante du XXe siècle. En voyageant à travers le temps et l’océan, on retrouve des interrogations universelles.

I think my country is a learner. We learned together, my country and I, to understand each other, and walk forward. I write and think. Yes, my country is becoming another….

Wendy Guerra in Wendy Guerra desnuda en La Habana (14/10/2017), by Camila Cabrera Rodríguez.

20170917_211031.jpg

20170917_211230

20171008_095156