Lettre à D., André Gorz

Bonjour !

Pour ne pas rester sur une déception, j’enchaîne avec une romance à mon goût plus réussie que dans la chronique précédente.

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En lisant la quatrième de couverture, on s’attend au récit de la grande histoire d’amour de la vie de l’auteur et son épouse sous un jour très romantique. Finalement, il s’avère que cette lettre adressée à Dorine Gorz contient un peu plus que cela et reste pudique concernant les sentiments.

Avec cinquante ans de recul, l’écrivain revient sur les grandes étapes de sa vie, en reconnaissant la présence de sa femme tout au long de leur histoire, son rôle décisif et sa force qu’il avait sous-estimés dans ses précédents écrits. Le lecteur découvre André Gorz sous un jour plus intime, rendu difficile à vivre par son acharnement à ses travaux d’écriture successifs. On suit aussi l’évolution de la façon de penser de l’essayiste au fil de ses interactions avec une compagne brillante, d’autres intellectuels et la réalité sociale en pleine évolution. Par conséquent, j’ai été agréablement surprise par un léger contenu philosophique qui prête à réflexion.

Ce texte bref est, comme l’annonçait son bandeau « Les merveilles de Folio », un petit bijou assez surprenant du fait que la quatrième de couverture mène sur une fausse piste. Avec moins de sentimental et plus de réflexion que l’on peut en attendre, cela reste une jolie histoire.

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Le Mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti

Bonjour !

Aujourd’hui, voici mon retour sur une lecture procrastinée pendant des années…

20180331_194421 (2).jpgIl s’agit d’un roman suédois avec un titre accrocheur caractéristique des feel-good books. La quatrième de couverture annonce une rencontre insolite au cimetière qui donne lieu à une romance. Effectivement, une bibliothécaire « grise » à l’existence encore plus creuse depuis le décès de son mari et un agriculteur débordé par le travail suite à la perte de ses parents se sourient et commencent une liaison. Leurs rêves de vie de famille les rattrapent. Pourtant, passées les premières fièvres, leurs différences posent la question de la viabilité de leur relation.

Cette trame a un bon potentiel de roman à l’eau de rose, il se lit vite et on y trouve quelques bonnes lignes. J’ai été déçue de n’apprendre sur la Suède qu’un ou deux détails comme des noms de marques non traduits. Mais le vrai problème est que le travail semble bâclé… La relation entre les deux personnages est trop vite apparue et avortée, le dénouement bancal et cynique. La description des deux milieux ne dépasse pas les clichés. L’agriculteur est montré rustre et archaïque et la citadine se comporte comme une « bobo » coincée. Le fossé en matière d’éducation est abordé rapidement pour être déclaré insurmontable. Résultat, on tombe immédiatement dans une ambiance L’amour est dans le pré !

C’est très rare, mais ce roman a été une véritable déception, même si je n’ai pas pour autant passé un mauvais moment à sa lecture.

L’Importance d’être constant, Oscar Wilde

Bonjour !

Oscar Wilde ne déçoit pas, son élégance et son piquant séduisent toujours. Après avoir lu Le Portrait de Dorian Gray (roman) et Le Fantôme de Canterville (nouvelle), j’ai découvert une pièce de théâtre du même auteur.

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Deux dandys utilisent des identités fictives pour couvrir leurs frasques et dettes londoniennes. Cependant, leurs mensonges les rattrapent lorsqu’ils se fiancent sous un faux nom… Avec des quiproquos savoureux qui rappellent Marivaux et des piques contre la légèreté des dandys, les moeurs étriquées et l’éducation des jeunes filles, c’est une pièce légère et fine.

« Vraiment, il est surtout absurde d’avoir des idées aussi arrêtées sur ce que l’on doit lire ou non. On devrait tout lire. Plus de la moitié de la culture moderne repose sur ce qu’on ne devrait pas lire. »

Pour clarifier l’intrigue assez complexe, voici la bande-annonce de l’adaptation avec Colin Firth, Reese Witherspoon et Judi Dench.

Je le conseille volontiers à ceux qui sont épris de l’époque victorienne !

38 Mini Westerns (avec des fantômes), Mathias Malzieu

Bonjour !

De retour du salon Livre Paris, voici -avec un peu de retard- mon retour sur une très belle rencontre.

Avec mes chroniques sur Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, La Mécanique du coeur, Le Plus petit baiser jamais recensé, Métamorphose en bord de ciel et Journal d’un vampire en pyjama, vous aurez compris que le style de Mathias Malzieu me parle… J’ai eu la chance de le rencontrer pendant une dédicace du Journal d’un vampire en pyjama (augmenté d’un texte inédit que je suis en train de lire). C’est un monsieur charmant, qui a pris le temps d’échanger quelques minutes avec chaque personne. Il a confirmé l’importance qu’il donne à la magie des mots, on a évoqué Nicola Sirkis et je suis partie un peu émue 🙂

A la fin du salon, une amie m’a surprise en m’offrant 38 Mini Westerns (merci !) que j’ai dévoré.

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Il s’agit d’un recueil de nouvelles ponctuées de Polaroïd et de sculptures de Laurence Audras. Le tout donne une atmosphère bizarre, la plume de Malzieu allant bien plus loin que dans ses romans. On y trouve notamment des petites histoires d’amour, de fantômes et de longboard racontées avec des images farfelues. J’ai pourtant ressenti une sorte de sincérité de l’auteur livrant ces anecdotes complètement déformées par son imagination, ce qui les rend à la fois pudiquement floues, parfaitement uniques et universellement accessibles. Selon moi, c’est un livre très difficile à aborder, à ne pas mettre entre les mains de ceux qui n’ont jamais lu Malzieu ou qui peinent à accrocher. J’ai cependant trouvé un certain charme au recueil en cherchant à démêler le vrai du faux et en me laissant porter par le regard loufoque et enfantin du narrateur. Pour ceux qui aiment les autres travaux de Malzieu, foncez !

Mon texte favori est « Le bracelet d’argent ». Comme le titre l’indique, le jeune narrateur veut faire un cadeau à son amoureuse mais il sera déçu… Petit échantillon :

« C’était comme si les étoiles s’étaient accrochées pour s’enfiler à l’un de ses cheveux. […] Il ressemblait à un ver de terre mort que l’on aurait décoré avec des boucles d’oreilles. »

Et comme je joins habituellement une chanson de Dionysos à mes chroniques, voici un titre lié à une des nouvelles (sur un ami dyslexique et son potentiel poétique) !