Contes d’amour de folie et de mort, Horacio Quiroga

Bonjour !

Ayant récemment découvert le genre des cuentos latino-américains, j’ai choisi de commencer par lire ce recueil et de vous le présenter. Il a été publié en 1917 sous le titre de Cuentos de amor de locura y de muerte et, en France, en 2000 aux éditions Métailié dans la collection Suites (suite hispano-américaine) traduit par Frédéric Chambert.

Horacio QUIROGA (1878 Uruguay – 1937 Argentine)

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Son père meurt quand il est âgé de trois mois, puis son beau-père se suicide alors qu’il a dix-sept ans. En 1900, ses deux frères succombent à la fièvre typhoïde et, l’année suivante, il met accidentellement fin à la vie de son meilleur ami. Cette facilité imprévisible de mourir marque largement ses écrits.

Il s’établit en Argentine, d’abord à Buenos Aires. Le gouvernement cherchant à favoriser l’évangélisation de la province reculée de Misiones, Quiroga s’installe à San Ignacio, au milieu forêt tropicale. Il a deux enfants de sa première femme mais, supportant mal leur vie isolée et dangereuse, elle se suicide en 1915.

À partir des années 1920, Quiroga gagne une renommée internationale avec des traductions aux États-Unis et en France. En 1927, il se remarie. Il regagne sa ferme de Misiones en 1932. Cependant, malade, il doit rejoindre Buenos Aires où on lui diagnostique un cancer de la prostate. Il se suicide à l’hôpital le 19 février 1937.

Après lui, son dernier amour, sa fille, un de ses amis et son fils se suicident également.

Style

Inspiré par Edgar Allan Poe, Rudyard Kipling et Guy de Maupassant, Quiroga reprend les codes de la nouvelle fantastique pour ses cuentos. Chaque détail réaliste est étrange et crée une atmosphère d’horreur pour alimenter l’ambiguïté entre le plausible et l’imaginaire, dans une atmosphère d’hallucination, de folie et de violence. On retrouve le réalisme magique qui se déploiera avec notamment Gabriel Garcia Marquez. Le style est précis et percutant, pour que les nouvelles puissent être lues d’une traite, sans en briser la tension narrative ni en diminuer la surprise finale. Ayant souvent recours au cadre sauvage de Misiones, dans le Nord de l’Argentine, Quiroga souligne la vulnérabilité de l’existence face à l’hostilité et de la démesure d’un monde barbare et irrationnel, qui se manifeste par des catastrophes naturelles. Dans certains textes, il évoque aussi la condition des peones en Amérique du Sud.

Cuentos de amor de locura y de muerte

 

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Ce recueil regroupe 15 contes dont, comme son titre l’indique, trois thèmes se dégagent : l’amour entraîne la folie qui mène à la mort.

« La poule égorgée » montre l’horreur de la cruauté des enfants.

« Les bateaux suicides« , nous plonge dans une impression brumeuse de lavage de cerveau en nous embarquant sur un bateau magique dont les marins, pris de folie, ne reviennent pas.

« Le solitaire » nous fait découvrir un joaillier et son épouse, qui regrette de ne pas avoir obtenu une vie plus luxueuse en se mariant. L’homme tente de satisfaire sa femme sans se mettre en danger. Mais cette dernière est rendue hystérique par sa frustration. On peut relever la ressemblance de ce texte avec « La Parure » de Maupassant, nouvelle dans laquelle un couple est plongé dans la tourmente à partir du moment où la femme convoite un bijou ne lui appartenant pas.

« L’oreiller de plumes« , sans doute le texte le plus fantastique du recueil, ressemble à un conte de fées.

« La mort d’Isolde » traduit l’amertume et la tristesse d’un homme qui revient sur un amour perdu. Ce cuento est contruit sur des flashbacks et des hallucinations.

« A la dérive » est le récit dont la fin est la moins surprenante mais elle arrive très rapidement, sans laisser le temps au lecteur de s’y attendre.

Dans « L’insolation » on a accès au point de vue d’animaux qui peuvent voir la mort arriver mais ne peuvent rien contre elle.

Dans « Les barbelés« , le récit du point de vue de chevaux dénonce la cruauté des hommes, qui gagnent contre les animaux les plus rusés et les plus puissants.

« Les tâcherons » met en scène des peones (employés de ferme presque réduits en esclavage) et leur espoir d’échapper à leur condition.

« Yaguaï » est le nom d’un petit chien qui traverse des épreuves pour rendre son maître fier…

« Les pêcheurs de grumes » traite de la récupération de bois le long de la rivière pour que les riches exploitants de fermes et de plantations en fassent des meubles. L’ironie de la fin fait l’intérêt de ce récit.

« Le miel sylvestre«  illustre la connaissance de la selva (jungle) et de l’ironie du sort de l’auteur.

« Notre première cigarette » évoque la sensibilité des enfants et la cruauté de leur vengeance.

Dans « Une saison d’amour« , Nébel rencontre Lidia lors d’un carnaval -comme Quiroga a rencontré son premier amour en 1898. Leur amour pur est menacé par les intentions obscures de la mère de Lidia et l’opposition du père de Nébel.

Enfin, dans « La méningite et son ombre« , un jeune homme est appelé au chevet d’une presque inconnue qui, dans les délires de la fièvre, est tombée amoureuse de lui. Comme dans « La mort d’Isolde » et « Une saison d’amour », leur amour n’est elle que le souvenir ténu d’évènements brefs appartenant au passé, et probablement au rêve ?

Les situations angoissantes et irrationnelles se succèdent : questions restées sans réponses, regrets, violence de la nature et des hommes mènent à une folie peuplée de rêves, voire d’hallucinations. La fin, brutale, traduit une déception résignée qui atteint un point de non retour et laisse amer. Néanmoins, l’auteur conserve une pointe d’ironie.

 

Les cuentos qui m’ont le plus plu sont, malheureusement, les moins exotiques : « Le solitaire », « La mort d’Isolde », « Une saison d’amour » et « La méningite et son ombre » car j’ai aimé leur traitement à la fois fantastique et désabusé de l’amour de la folie et de la mort. Tous les textes du recueil captivent, se lisent rapidement et laissent une forte impression. Si vous n’êtes pas familier avec le genre du cuento latino-américain, je vous conseille d’y jeter un oeil…

Bonne lecture !

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The Canterville Ghost, Oscar Wilde

Hi !

May 2017 bring us lots of stuff to learn ! Let’s start from now with a bilingual classic !

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If you don’t have a chance to grab a bilingual edition in France, you can get one on Amazon

The Canterville Ghost, or Le Fantôme de Canterville in French, was the first short story by Oscar Wilde to be published. It appeared in two parts in The Court and Society Review in 1887.

The eponym character is a ghost called Sir Simon. When the american family Otis buys Canterville Chase, its former owner tells them it has been haunted for centuries by Sir Simon Canterville who murdered his wife and was starved to death by his wife’s brothers. However, for the first time, the ghost fails at frightening the inhabitants of the castle, no matter how hard he tries. Losing against the modern and pragmatic nature of the Otis family, Sir Simon feels humiliated and helpless. Then, surprinsingly, Virginia, the daughter of Mr Otis, shows concern for Sir Simon’s despair and becomes his friend.

Oscar Wilde, with his signature wit, uses and abuses of clichés in order to ridicule the caricatural visions of Gothic literature and American people which were common at his time. The Canterville Ghost is a sweet and funny short-story which conveys, beyond parody, a message on the importance of love. As a consequence, reading this could give you an insight on XIXth century Gothic literature and Oscar Wilde’s style.

It can be read three times in row -in French, with the CD and in English- without much time nor effort, which makes it a painless way to improve your language skills.

In case you’d like to know more…

A French translation of this post is available here.

Le Fantôme de Canterville, Oscar Wilde

Bonjour !

En cette nouvelle année, on espère tous apprendre beaucoup de choses ! Commençons dès maintenant avec un petit classique bilingue !

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J’ignore si cette édition avec CD est toujours disponible mais vous devriez trouver une autre édition bilingue facilement.

The Canterville Ghost, ou en français Le Fantôme de Canterville, est la première nouvelle d’Oscar Wilde publiée en 1887 en deux parties dans The Court and Society Review.

Le personnage éponyme est un fantôme nommé Sir Simon. À l’arrivée d’un ministre américain, M. Otis, accompagné de sa famille, Lord Canterville, l’ancien propriétaire de Canterville Chase, prévient les acheteurs que le château est hanté depuis depuis que son ancêtre Sir Simon a tué sa femme Eleonore voilà quelques siècles. Or, ce fantôme, pour la première fois, le fantôme ne parvient pas à effrayer les habitants du château, se heurtant à l’attitude résolument moderne et pragmatique de la famille américaine. Tous ses tours ayant échoué, Sir Simon se désespère. A sa grande surprise, Virginia, la fille de M. Otis, s’intéresse alors à lui et devient son amie.

Oscar Wilde, avec tout le piquant et la finesse qu’on lui connaît, accumule les clichés pour ridiculiser les conceptions caricaturales de la littérature gothique et des américains répandues au XIXe siècle. Le Fantôme de Canterville est donc une nouvelle drôle et tendre qui, au-delà de la parodie, livre un mignon message d’amour. Cette lecture sera donc la bienvenue si la littérature anglophone du XIXe siècle vous est peu familière, car elle donne un aperçu intéressant de la littérature gothique et de l’oeuvre d’Oscar Wilde.

Ce texte bref et sympathique se laisse lire trois fois -en anglais, avec le CD, puis en français- sans problème et m’a appris quelques nouveaux mots. C’est un bon moyen de progresser sans trop d’efforts.

Pour approfondir le sujet…

Une traduction de cet article est disponible ici.

Si vous vous intéressez à Oscar Wilde, vous pouvez aussi consulter mon article sur Le Portrait de Dorian Gray.

Alchimia, Samantha Bailly et Miya

Bonjour!

Vous êtes sur le point de lire une chronique d’un genre très rare sur mon blog… J’ai lu un manga pour l’offrir!

Manquant de culture en matière de mangas, j’ai suivi les conseils de tartineauxpommes. De plus, ce manga sort du lot sur les tables de libraires car il s’agit d’une création française. Le scénario d’Alchimia a été écrit par Samantha Bailly, auteure très appréciée par les blogueurs et booktubers que je n’avais pas encore eu l’occasion de lire.

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« Saë, une jeune alchimiste, sillonne le royaume d’Alchimia en bateau. Avec ses compagnons de voyage, elle utilise ses dons magiques pour collecter et protéger la mémoire de son peuple. Mais la guerre éclate avec Ifen, le royaume voisin qui voue un culte à la Nature. En pleine tourmente, Saë est sauvée par Idan, jeune soldat ifénien. Accusé de trahison et condamné à mort, il trouve refuge sur le navire de Saë. Alors que tout oppose les jeunes gens, le destin les pousse l’un vers l’autre… »

A mes yeux de novice, c’est une lecture plaisante avec de jolis dessins, sans rien d’exceptionnel. Idéal pour une petite pause. J’ai très envie de lire la suite, ainsi que d’autres œuvres de Samantha Bailly!