Voyager en poésie…

Bonjour !

Passer l’été à domicile est une parfaite occasion pour lire des oeuvres qui sortent de notre zone de confort. C’est pourquoi je vous propose une sélection de trois recueils de poèmes issus de langues et de cultures différentes, parfaits pour de petits moments d’évasion !

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Le premier livre que je souhaite présenter porte le titre d’un des poèmes qu’il contient : My life had stood a loaded gun (Ma vie avait fait face à un pistolet chargé ?). Il est publié en anglais dans la collection Little Black Classics des éditions Penguin et je le relis au fur et à mesure de ma progression en anglais. Emily Dickinson est une poétesse américaine de XIXeme siècle avec une histoire particulière : elle a principalement vécu recluse et la majeure partie de son oeuvre n’a été découverte qu’après son décès. Les poèmes du recueil sont assez sombres.

A precious, mouldering pleasure ’tis

To meet an antique book,

In just the dress his century wore,

A privilege, I think,

.

His venerable hand to take,

And warming in our own,

A passage back, or two, to make

To times when he was young.

Le second est en version bilingue russe-français, édité chez Harpo &. J’ai eu la chance de le trouver au salon Livre Paris qui portait, cette année, le thème de la Russie. Je dois avouer que je suis d’abord tombée sous le charme de la qualité matérielle de ce livre : couverture argentée, papier non coupé, encre bleue… Mais l’oeuvre, Volée blanche, d’Anna Akhmatova, a aussi été une belle rencontre inattendue. Les poèmes sont plutôt nostalgiques, avec une importante présence des thèmes de la nature et de l’amour perdu.

Tout te revient :Ma prière de chaque jour,

L’insomnie où je défaille,

La volée blanche de mes vers,

Le feu bleu de mes yeux.

Autre recueil confidentiel édité avec grand soin : Le Luth noir d’Alexandre Romanès dans la collection Entre 4 yeux des éditions Lettres Vives. Cet auteur, né dans une famille gitane en 1950, a aussi publié trois recueils de poèmes chez Gallimard. Mais celui-ci est fabriqué avec un très beau papier non coupé. Les textes sont souvent concis et en vers libres, donc simples et agréables à lire.

Si on n’a pas envie de relire un poème

c’est qu’il ne méritait même pas d’être lu.

Bon voyage !

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Photo by Rhema Kallianpur on Unsplash

 

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L’Importance d’être constant, Oscar Wilde

Bonjour !

Oscar Wilde ne déçoit pas, son élégance et son piquant séduisent toujours. Après avoir lu Le Portrait de Dorian Gray (roman) et Le Fantôme de Canterville (nouvelle), j’ai découvert une pièce de théâtre du même auteur.

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Deux dandys utilisent des identités fictives pour couvrir leurs frasques et dettes londoniennes. Cependant, leurs mensonges les rattrapent lorsqu’ils se fiancent sous un faux nom… Avec des quiproquos savoureux qui rappellent Marivaux et des piques contre la légèreté des dandys, les moeurs étriquées et l’éducation des jeunes filles, c’est une pièce légère et fine.

« Vraiment, il est surtout absurde d’avoir des idées aussi arrêtées sur ce que l’on doit lire ou non. On devrait tout lire. Plus de la moitié de la culture moderne repose sur ce qu’on ne devrait pas lire. »

Pour clarifier l’intrigue assez complexe, voici la bande-annonce de l’adaptation avec Colin Firth, Reese Witherspoon et Judi Dench.

Je le conseille volontiers à ceux qui sont épris de l’époque victorienne !

38 Mini Westerns (avec des fantômes), Mathias Malzieu

Bonjour !

De retour du salon Livre Paris, voici -avec un peu de retard- mon retour sur une très belle rencontre.

Avec mes chroniques sur Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, La Mécanique du coeur, Le Plus petit baiser jamais recensé, Métamorphose en bord de ciel et Journal d’un vampire en pyjama, vous aurez compris que le style de Mathias Malzieu me parle… J’ai eu la chance de le rencontrer pendant une dédicace du Journal d’un vampire en pyjama (augmenté d’un texte inédit que je suis en train de lire). C’est un monsieur charmant, qui a pris le temps d’échanger quelques minutes avec chaque personne. Il a confirmé l’importance qu’il donne à la magie des mots, on a évoqué Nicola Sirkis et je suis partie un peu émue 🙂

A la fin du salon, une amie m’a surprise en m’offrant 38 Mini Westerns (merci !) que j’ai dévoré.

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Il s’agit d’un recueil de nouvelles ponctuées de Polaroïd et de sculptures de Laurence Audras. Le tout donne une atmosphère bizarre, la plume de Malzieu allant bien plus loin que dans ses romans. On y trouve notamment des petites histoires d’amour, de fantômes et de longboard racontées avec des images farfelues. J’ai pourtant ressenti une sorte de sincérité de l’auteur livrant ces anecdotes complètement déformées par son imagination, ce qui les rend à la fois pudiquement floues, parfaitement uniques et universellement accessibles. Selon moi, c’est un livre très difficile à aborder, à ne pas mettre entre les mains de ceux qui n’ont jamais lu Malzieu ou qui peinent à accrocher. J’ai cependant trouvé un certain charme au recueil en cherchant à démêler le vrai du faux et en me laissant porter par le regard loufoque et enfantin du narrateur. Pour ceux qui aiment les autres travaux de Malzieu, foncez !

Mon texte favori est « Le bracelet d’argent ». Comme le titre l’indique, le jeune narrateur veut faire un cadeau à son amoureuse mais il sera déçu… Petit échantillon :

« C’était comme si les étoiles s’étaient accrochées pour s’enfiler à l’un de ses cheveux. […] Il ressemblait à un ver de terre mort que l’on aurait décoré avec des boucles d’oreilles. »

Et comme je joins habituellement une chanson de Dionysos à mes chroniques, voici un titre lié à une des nouvelles (sur un ami dyslexique et son potentiel poétique) !

Contes d’amour de folie et de mort, Horacio Quiroga

Bonjour !

Ayant récemment découvert le genre des cuentos latino-américains, j’ai choisi de commencer par lire ce recueil et de vous le présenter. Il a été publié en 1917 sous le titre de Cuentos de amor de locura y de muerte et, en France, en 2000 aux éditions Métailié dans la collection Suites (suite hispano-américaine) traduit par Frédéric Chambert.

Horacio QUIROGA (1878 Uruguay – 1937 Argentine)

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Son père meurt quand il est âgé de trois mois, puis son beau-père se suicide alors qu’il a dix-sept ans. En 1900, ses deux frères succombent à la fièvre typhoïde et, l’année suivante, il met accidentellement fin à la vie de son meilleur ami. Cette facilité imprévisible de mourir marque largement ses écrits.

Il s’établit en Argentine, d’abord à Buenos Aires. Le gouvernement cherchant à favoriser l’évangélisation de la province reculée de Misiones, Quiroga s’installe à San Ignacio, au milieu forêt tropicale. Il a deux enfants de sa première femme mais, supportant mal leur vie isolée et dangereuse, elle se suicide en 1915.

À partir des années 1920, Quiroga gagne une renommée internationale avec des traductions aux États-Unis et en France. En 1927, il se remarie. Il regagne sa ferme de Misiones en 1932. Cependant, malade, il doit rejoindre Buenos Aires où on lui diagnostique un cancer de la prostate. Il se suicide à l’hôpital le 19 février 1937.

Après lui, son dernier amour, sa fille, un de ses amis et son fils se suicident également.

Style

Inspiré par Edgar Allan Poe, Rudyard Kipling et Guy de Maupassant, Quiroga reprend les codes de la nouvelle fantastique pour ses cuentos. Chaque détail réaliste est étrange et crée une atmosphère d’horreur pour alimenter l’ambiguïté entre le plausible et l’imaginaire, dans une atmosphère d’hallucination, de folie et de violence. On retrouve le réalisme magique qui se déploiera avec notamment Gabriel Garcia Marquez. Le style est précis et percutant, pour que les nouvelles puissent être lues d’une traite, sans en briser la tension narrative ni en diminuer la surprise finale. Ayant souvent recours au cadre sauvage de Misiones, dans le Nord de l’Argentine, Quiroga souligne la vulnérabilité de l’existence face à l’hostilité et de la démesure d’un monde barbare et irrationnel, qui se manifeste par des catastrophes naturelles. Dans certains textes, il évoque aussi la condition des peones en Amérique du Sud.

Cuentos de amor de locura y de muerte

 

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Ce recueil regroupe 15 contes dont, comme son titre l’indique, trois thèmes se dégagent : l’amour entraîne la folie qui mène à la mort.

« La poule égorgée » montre l’horreur de la cruauté des enfants.

« Les bateaux suicides« , nous plonge dans une impression brumeuse de lavage de cerveau en nous embarquant sur un bateau magique dont les marins, pris de folie, ne reviennent pas.

« Le solitaire » nous fait découvrir un joaillier et son épouse, qui regrette de ne pas avoir obtenu une vie plus luxueuse en se mariant. L’homme tente de satisfaire sa femme sans se mettre en danger. Mais cette dernière est rendue hystérique par sa frustration. On peut relever la ressemblance de ce texte avec « La Parure » de Maupassant, nouvelle dans laquelle un couple est plongé dans la tourmente à partir du moment où la femme convoite un bijou ne lui appartenant pas.

« L’oreiller de plumes« , sans doute le texte le plus fantastique du recueil, ressemble à un conte de fées.

« La mort d’Isolde » traduit l’amertume et la tristesse d’un homme qui revient sur un amour perdu. Ce cuento est contruit sur des flashbacks et des hallucinations.

« A la dérive » est le récit dont la fin est la moins surprenante mais elle arrive très rapidement, sans laisser le temps au lecteur de s’y attendre.

Dans « L’insolation » on a accès au point de vue d’animaux qui peuvent voir la mort arriver mais ne peuvent rien contre elle.

Dans « Les barbelés« , le récit du point de vue de chevaux dénonce la cruauté des hommes, qui gagnent contre les animaux les plus rusés et les plus puissants.

« Les tâcherons » met en scène des peones (employés de ferme presque réduits en esclavage) et leur espoir d’échapper à leur condition.

« Yaguaï » est le nom d’un petit chien qui traverse des épreuves pour rendre son maître fier…

« Les pêcheurs de grumes » traite de la récupération de bois le long de la rivière pour que les riches exploitants de fermes et de plantations en fassent des meubles. L’ironie de la fin fait l’intérêt de ce récit.

« Le miel sylvestre«  illustre la connaissance de la selva (jungle) et de l’ironie du sort de l’auteur.

« Notre première cigarette » évoque la sensibilité des enfants et la cruauté de leur vengeance.

Dans « Une saison d’amour« , Nébel rencontre Lidia lors d’un carnaval -comme Quiroga a rencontré son premier amour en 1898. Leur amour pur est menacé par les intentions obscures de la mère de Lidia et l’opposition du père de Nébel.

Enfin, dans « La méningite et son ombre« , un jeune homme est appelé au chevet d’une presque inconnue qui, dans les délires de la fièvre, est tombée amoureuse de lui. Comme dans « La mort d’Isolde » et « Une saison d’amour », leur amour n’est elle que le souvenir ténu d’évènements brefs appartenant au passé, et probablement au rêve ?

Les situations angoissantes et irrationnelles se succèdent : questions restées sans réponses, regrets, violence de la nature et des hommes mènent à une folie peuplée de rêves, voire d’hallucinations. La fin, brutale, traduit une déception résignée qui atteint un point de non retour et laisse amer. Néanmoins, l’auteur conserve une pointe d’ironie.

 

Les cuentos qui m’ont le plus plu sont, malheureusement, les moins exotiques : « Le solitaire », « La mort d’Isolde », « Une saison d’amour » et « La méningite et son ombre » car j’ai aimé leur traitement à la fois fantastique et désabusé de l’amour de la folie et de la mort. Tous les textes du recueil captivent, se lisent rapidement et laissent une forte impression. Si vous n’êtes pas familier avec le genre du cuento latino-américain, je vous conseille d’y jeter un oeil…

Bonne lecture !