La Vie devant soi, Romain Gary (Emile Ajar)

Bonjour !

Ayant marqué l’histoire en faisant de son auteur le seul à recevoir deux fois le prix Goncourt en 1975, La Vie devant soi est considéré comme un classique contemporain. Avec l’arrivée de cette nouvelle rentrée littéraire, je me suis enfin décidée à le lire.

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Momo, un petit garçon d’origine arabe, et Madame Rosa, une vieille femme juive, n’ont personne. Ils (sur)vivent au sixième étage d’un immeuble aux habitants hauts en couleur partageant leur misère et leur marginalité. Madame Rosa élève Momo puis il l’accompagne dans la vieillesse, se battant pour ne pas la laisser mourir à l’hôpital.

La voix du narrateur, Momo, est touchante d’innocence qui se mue en sagesse, avec des mots d’enfants et des grossièretés d’adultes qui font sourire. Momo grandit d’une manière peu commune (son acquisition du langage, sa sociabilisation, son identité sont influencés par l’instabilité de son environnement) qui le prépare à affronter le monde par lui-même. Son caractère est marqué par l’amour et la débrouillardise.

Ce roman est émouvant et aborde la question des inégalités sociales avec délicatesse.

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Lettre à D., André Gorz

Bonjour !

Pour ne pas rester sur une déception, j’enchaîne avec une romance à mon goût plus réussie que dans la chronique précédente.

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En lisant la quatrième de couverture, on s’attend au récit de la grande histoire d’amour de la vie de l’auteur et son épouse sous un jour très romantique. Finalement, il s’avère que cette lettre adressée à Dorine Gorz contient un peu plus que cela et reste pudique concernant les sentiments.

Avec cinquante ans de recul, l’écrivain revient sur les grandes étapes de sa vie, en reconnaissant la présence de sa femme tout au long de leur histoire, son rôle décisif et sa force qu’il avait sous-estimés dans ses précédents écrits. Le lecteur découvre André Gorz sous un jour plus intime, rendu difficile à vivre par son acharnement à ses travaux d’écriture successifs. On suit aussi l’évolution de la façon de penser de l’essayiste au fil de ses interactions avec une compagne brillante, d’autres intellectuels et la réalité sociale en pleine évolution. Par conséquent, j’ai été agréablement surprise par un léger contenu philosophique qui prête à réflexion.

Ce texte bref est, comme l’annonçait son bandeau « Les merveilles de Folio », un petit bijou assez surprenant du fait que la quatrième de couverture mène sur une fausse piste. Avec moins de sentimental et plus de réflexion que l’on peut en attendre, cela reste une jolie histoire.

Moon Palace, Paul Auster

Bonjour !

Aujourd’hui, je m’apprête à écrire quelques mots sur un roman américain… important.9782868698926_1_75.jpg

Ce roman parcourt les Etats-Unis et le vingtième siècle dans tous les sens autour du personnage narrateur de Marco Stanley Fogg, en quête de son identité. Il n’a jamais connu son père, il a perdu sa mère à l’âge de onze ans et l’oncle qui l’a élevé vient de mourir. Il se perd dans New York pour mieux se trouver, au fil de rencontres inattendues, dans les histoires des autres. Plusieurs récits tragiques s’enchâssent, les personnages se construisent et reconstruisent à partir de rien et le passé s’éclaire.

J’ai reposé ce livre plusieurs fois et ai mis longtemps à le terminer, mais je suis heureuse de l’avoir lu. Pour cause, on y trouve à la fois des aventures extraordinaires et des moments « page blanche » où les personnages sont perdus, ruinés, seuls et désolés dans les immenses paysages américains. C’est un hymne à la liberté et à l’indépendance, ainsi qu’un message d’espoir : quand tout semble perdu, on peut toujours compter sur soi pour écrire un tout nouveau chapitre de sa vie. Les personnages, entièrement paumés, sont très attachants.

Une grande lecture.

La Chute, Albert Camus

Bonjour,

Aujourd’hui, je vais vous présenter une des dernières -et des plus riches- œuvres d’Albert Camus. Publié en 1956, La Chute est un texte rendu plutôt difficile d’accès par son cynisme et son pessimisme.

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Ce roman est construit comme une longue tirade. Dans un bar d’Amsterdam, Jean-Baptiste Clamence fait la confession de sa vie. D’une noirceur limpide, il n’occulte aucun des méandres de ses idées et actions. Jeune avocat parisien, il travaillait à défendre son prochain sans le juger et menait une vie privée facile et agréable. Ses actes les plus altruistes étaient alors motivés par son plaisir égoïste. Néanmoins, après s’être refusé à secourir une personne en détresse au moment de son suicide, il se rend compte que lui aussi peut être jugé, car on ne peut échapper aux jugements des autres, ni vivant, ni mort ; ni bon, ni mauvais. Il décide donc d’inverser son rôle en se positionnant au banc des accusés. Il s’accuse publiquement des fautes de l’humanité afin de les renvoyer à ses interlocuteurs en espérant qu’ils prennent conscience de leurs propres méfaits. Finalement, il est inutile de chercher une rédemption puisque le bonheur de l’être humain réside dans l’acceptation de sa duplicité.

Pour ceux qui ont lu L’Etranger, j’ajoute que le juge-pénitent est plus coupable que l’assassin. Contrairement à Meursault, Clamence est gracié par la justice, mais il n’atteint pas la sérénité.

Très bref, ce livre regorge d’idées fortes et peut être lu, relu, interprété et réinterprété à volonté. Je le recommande à tous ceux qui souhaitent philosopher pendant quelques heures.