Soie, Alessandro Baricco

Bonjour !

Après une longue absence, me revoici pour partager avec vous un court texte raffiné. Ayant été emballée par Novecento : pianiste et Mr Gwyn, j’ai été heureuse d’écouter Soie sur YouTube en l’espace de deux heures. Ce roman a aussi été adapté au cinéma avec Keira Knightley.

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Le jeune Hervé Joncour, que son père destinait à être militaire, rencontre Baldabiou, qui changera son destin. Ce-dernier a développé la production de soie dans une petite ville du Sud de la France. Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie d’une épidémie, Baldabiou charge Hervé Joncour d’aller acheter des œufs sains en Egypte puis au Japon. Il quitte sa chère épouse Hélène et découvre le « bout du monde ». Après un voyage long et périlleux, il rencontre un seigneur Hara Kei et sa jeune maîtresse. Suite au succès de cette expédition, Hervé retourne au Japon à quatre reprises. Il file un amour impossible avec la mystérieuse maîtresse de Hara Kei qui le détourne progressivement de sa vie en France. La guerre éclate au Japon et Louis Pasteur recherche un moyen d’enrayer l’épidémie, mais Hervé insiste pour faire un dernier voyage, même coûteux et dangereux.

J’ai retrouvé de nombreuses caractéristiques des autres œuvres de Baricco de ma connaissance :

  • L’importance du voyage plutôt initiatique, qui reste cependant voilé et secret car ce que le protagoniste y a découvert est indicible (la mort ?).
  • Un aspect musical avec un format court, une alternance de rythme entre des passages d’une lenteur sensuelle et quelques accélérations, une construction qui présente des boucles avec des fragments répétés, pareils à des refrains entre des couplets.
  • Des personnages finalement flous, seulement incarnés par leurs désirs et passions.
  • L’amour est impossible et reste suspendu dans le temps et l’espace même au-delà de la mort.
  • La chute est surprenante mais le personnage principal atteint une forme de sérénité avec un certain sens d’inachevé, de raté, d’imparfait (le sens de la vie ?).

Après la mer dans Novecento : pianiste et l’Angleterre dans Mr Gwyn, Soie m’a fait voyager sur la route de la soie du XIXe siècle. Le décor reste secondaire et dénué d’intérêt document mais les lecteurs avec de l’imagination resteront songeurs en refermant ce livre très ouvert…

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Moon Palace, Paul Auster

Bonjour !

Aujourd’hui, je m’apprête à écrire quelques mots sur un roman américain… important.9782868698926_1_75.jpg

Ce roman parcourt les Etats-Unis et le vingtième siècle dans tous les sens autour du personnage narrateur de Marco Stanley Fogg, en quête de son identité. Il n’a jamais connu son père, il a perdu sa mère à l’âge de onze ans et l’oncle qui l’a élevé vient de mourir. Il se perd dans New York pour mieux se trouver, au fil de rencontres inattendues, dans les histoires des autres. Plusieurs récits tragiques s’enchâssent, les personnages se construisent et reconstruisent à partir de rien et le passé s’éclaire.

J’ai reposé ce livre plusieurs fois et ai mis longtemps à le terminer, mais je suis heureuse de l’avoir lu. Pour cause, on y trouve à la fois des aventures extraordinaires et des moments « page blanche » où les personnages sont perdus, ruinés, seuls et désolés dans les immenses paysages américains. C’est un hymne à la liberté et à l’indépendance, ainsi qu’un message d’espoir : quand tout semble perdu, on peut toujours compter sur soi pour écrire un tout nouveau chapitre de sa vie. Les personnages, entièrement paumés, sont très attachants.

Une grande lecture.

La Chute, Albert Camus

Bonjour,

Aujourd’hui, je vais vous présenter une des dernières -et des plus riches- œuvres d’Albert Camus. Publié en 1956, La Chute est un texte rendu plutôt difficile d’accès par son cynisme et son pessimisme.

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Ce roman est construit comme une longue tirade. Dans un bar d’Amsterdam, Jean-Baptiste Clamence fait la confession de sa vie. D’une noirceur limpide, il n’occulte aucun des méandres de ses idées et actions. Jeune avocat parisien, il travaillait à défendre son prochain sans le juger et menait une vie privée facile et agréable. Ses actes les plus altruistes étaient alors motivés par son plaisir égoïste. Néanmoins, après s’être refusé à secourir une personne en détresse au moment de son suicide, il se rend compte que lui aussi peut être jugé, car on ne peut échapper aux jugements des autres, ni vivant, ni mort ; ni bon, ni mauvais. Il décide donc d’inverser son rôle en se positionnant au banc des accusés. Il s’accuse publiquement des fautes de l’humanité afin de les renvoyer à ses interlocuteurs en espérant qu’ils prennent conscience de leurs propres méfaits. Finalement, il est inutile de chercher une rédemption puisque le bonheur de l’être humain réside dans l’acceptation de sa duplicité.

Pour ceux qui ont lu L’Etranger, j’ajoute que le juge-pénitent est plus coupable que l’assassin. Contrairement à Meursault, Clamence est gracié par la justice, mais il n’atteint pas la sérénité.

Très bref, ce livre regorge d’idées fortes et peut être lu, relu, interprété et réinterprété à volonté. Je le recommande à tous ceux qui souhaitent philosopher pendant quelques heures.

Le Vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepulveda

Bonjour, bonjour !

Aujourd’hui, je vous propose un rapide point sur une lecture incontournable que je viens de terminer !

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« Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme se révolte. Obligé de quitter ses romans d’amour – seule échappatoire à la barbarie des hommes – pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse, il replonge dans le charme hypnotique de la forêt. »

Ce roman est reconnu comme une « perle » de la littérature sud-américaine : il est court mais efficace. Sepulveda plonge ses lecteurs dans l’exotisme de l’Amazonie, avec son climat étouffant, sa nature luxuriante, la philosophie de ses peuples natifs et la grossière inadaptation de ses colonisateurs. Dans un environnement hostile au premier abord, le protagoniste apprend à respecter et comprendre la jungle et ses habitants, sagesse qui lui permettra de s’adapter à ce qui peut devenir écrin paradisiaque. On s’identifie facilement à la singularité du vieux, un survivant rusé et fort qui n’appartient pleinement ni à la forêt ni à la civilisation et qui laisse les mots l’émouvoir et l’interroger. Le livre est lui-même unique : on y trouve la magie d’un conte, l’intrigue captivante d’un policier et l’ironie d’une critique du colonialisme.

La postface de l’auteur apporte encore davantage d’intérêt au livre. En effet, on y apprend que Sepulveda a réellement rencontré les Shuars et on y découvre le récit de la « vie » du texte.

Avez-vous lu Le Vieux qui lisait des romans d’amour ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ?