L’Aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux

Bonjour !

Pour ce premier article de 2018, voici mon retour (très en retard) sur la lecture d’un roman jeunesse publié chez Gallimard cette rentrée littéraire et récompensé par le prix Vendredi 2017 que l’on voit sur toutes les tables de librairies.

Equipez-vous de couvertures pour lire ce roman en une nuit : Titania, une romancière surnommée « fée du suspense » par la critique, emmène sa fille Nine dans une cabane isolée, bien loin de sa vie d’adolescente protégée. En une nuit, elle lui raconte l’histoire de sa famille et la sienne, construites sur une accumulation de secrets et mensonges. La réalité dépasse la fiction et Nine redécouvre son identité à travers une fresque familiale dont elle ignorait tout. Tout est lié, dans une perspective beaucoup plus large que ce que Nine connaissait jusqu’alors : la grande histoire (la mort de Balavoine et Coluche, la chute du mur de Berlin…) et la petite, celle de toute une famille dont elle ignorait l’existence. A l’aube, plus rien ne sera comme avant. Les révélations sont libératrices, soudent les liens familiaux et soulagent les individus qui y trouvent la certitude que, quoi qu’il arrive, ils seront toujours capables de s’en sortir.

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Anne-Laure Bondoux propose un récit enchâssé alternant, de chapitre en chapitre, les points de vue avec des flash-back et anecdotes de différentes époques et quelques retours sur la nuit où Titania se livre à Nine. Cette construction ne surprend plus vraiment dans un roman jeunesse/jeune adulte.

Le style est « propre », clair comme dans les bons livres jeunesse, mais c’est avant tout l’intrigue et les personnages qui font que ce roman se démarque. On découvre petit à petit une galerie de personnages aux teintes différentes, avec leurs passions, forces, faiblesses et décisions respectives. J’ai trouvé ces personnages plutôt originaux et attachants, bien que, comme souvent en littérature jeunesse, certains traits sont un peu grossis : des noms et pseudonymes grandiloquents, des hippies-révolutionnaires et des parents réacs assez clichés. On pourrait regretter le fait que le portrait d'(Anto)nine se limite à l’esquisse d’une adolescente moyenne (son sport, ses amies, son coup de coeur pour un garçon du même lycée) mais ce parti-pris me semble justifié dans le sens où l’on rencontre Nine au moment où elle prend conscience de qui elle est et de qui elle peut devenir. C’est plutôt sa mère qui mène le récit, ce qui est moins courant dans un roman jeunesse mais pas dérangeant puisqu’elle évoque principalement son enfance.

Le parcours familial qui nous est présenté est tout de même mouvementé et on ne s’ennuie pas à la lecture, d’autant plus que les descriptions occupent une part minime de ce roman -encore une caractéristique des livres jeunesse. Il y a bien du suspense, Titania tire un fil qui semble dérouler une pelote raisonnable -rassurez-vous, les surprises ne devraient pas vous faire tomber de votre chaise. Pourtant, je ne le qualifierais de page-turner : si vous devez faire une pause dans votre lecture, vous survivrez.

On trouve des dessins disséminés dans le roman, qui sont censés être l’oeuvre d’un personnage mais que l’on doit en réalité à la -vraie- fille de la -vraie- auteure. Il ne faudrait pas se limiter à considérer ces illustrations comme une insulte à l’intelligence du lecteur. C’est un petit plus qui nous aide à plonger dans cette histoire, à la rendre un peu plus plausible et à nous envelopper dans l’atmosphère rétro -le récit commence dans les années 1960.

En somme, c’est une lecture simple et douce, bien ficelée, à mettre entre les mains des jeunes lecteurs et des adultes souhaitant se laisser embarquer dans une bonne histoire sans rechercher de grands raffinements littéraires.

Bonne lecture !

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En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

Bonjour !

Avec beaucoup de retard, voici un article sur un des plus grands succès de librairie de l’année qui vient de paraître au format poche.

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A travers les yeux de leur fils, on observe la vie d’un couple peu ordinaire, faite d’une vertigineuse fête perpétuelle. La mère, extravagante et imprévisible, mène la danse. Le père protège son petit monde de la réalité, mais pour combien de temps ? L’amour fou de cette famille continuera-t-il à enchanter leur quotidien, ou l’empoisonnera-t-il ?

Si le début farfelu du roman m’a semblé léger, les masques tombent et les émotions apparaissent au fil des pages. Les thèmes de l’amour, la différence et la folie sont abordés dans un cadre irréaliste, ce qui peut faire penser aux contes.

J’ai trouvé ce roman sympathique, sans être réellement bouleversant.

A bientôt pour des chroniques de littérature contemporaine !

Petit pays, Gaël Faye

Bonjour !

Très en retard sur la rentrée de septembre 2016, je me lance dans une énième chronique sur Petit pays -qui ne sera pas la meilleure que vous ayiez lue- simplement parce que j’ai aimé cette lecture.

En septembre, je n’avais pas prévu de le lire. Depuis, j’en ai entendu chanter les louanges et j’ai pu voir Gaël Faye le temps d’une interview, d’un peu de slam et d’une dédicace. J’étais convaincue, mais il a fallu que je termine des lectures en cours avant de lire ce roman -qui a été récompensé par le Prix du roman Fnac, le Prix Goncourt des lycéens, le Prix du premier roman et le Prix des étudiants France Culture.
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Le narrateur et alter-ego de l’auteur, Gabriel, se remémore son enfance dans une impasse de Bujumbura au Burundi (pays voisin du Rwanda) au début des années 1990. Dans un quartier confortable, il coule une enfance insouciante avec son père français, sa mère rwandaise et toute sa famille, sa petite soeur Ana et sa bande de copains avec qui il fait les quatre cents coups. Cependant, une violence qu’il ne comprend pas encercle son petit havre de paix quand éclate la guerre civile entre les Hutus et les Tutsis au Burundi et au Rwanda. Bien qu’il se raccroche à son bonheur et son innocence en se plongeant dans les livres avec la bienveillance d’une voisine érudite, rien ne sera plus comme avant.

Ce que j’ai retenu de l’intervention de l’auteur :

  • Les sensations, plutôt que les péripéties que l’on peut lire dans le roman ont une dimension autobiographique.
  • Ce qui se passe à la maison peut être beaucoup plus traumatisant que ce qui se passe à l’extérieur.
  • L’adulte, pour l’enfant, représente la norme.
  • A-t-on vraiment le droit d’être neutre ? Peut-on regarder la vie en spectateur ou faut-il s’engager ?
  • L’impasse est à la fois cocon et piège.
  • La littérature permet de s’échapper du quotidien.
  • L’écriture a ouvert les portes des livres à Gaël Faye puisqu’il a voulu savoir comment les autres écrivaient, et elle est devenue son impasse.

Bonus musical :

Comme je l’ai précisé en haut de cet article, Gaël Faye, en plus de son roman, a écrit du slam. Si sa musique n’est pas à mon goût, je dois reconnaître que ses textes restent intéressants. Aussi, je vous laisse écouter Petit Pays.

Je ne regrette pas d’avoir découvert un morceau d’Histoire que je ne connaissais pas. J’ai apprécié la forme, le style émouvant auquel je ne trouve rien de particulier à redire, ce qui est louable pour un premier roman.

Avez-vous lu Petit pays ? Qu’en avez-vous pensé ?

Deux grandes fresques familiales

Bonjour !

Aujourd’hui, je tente un rapprochement entre Le Dieu des Petits Riens d’Arundhati Roy et Les Cinq quartiers de l’orange de Joanne Harris, en espérant ne comettre aucun outrage irréparable…

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Le Dieu des Petits Riens est un chef-d’oeuvre de l’auteure engagée indienne Arundhati Roy, récompensé par le Booker Prize en 1997. J’ai lu ce roman il y a quelques mois, ayant eu l’opportunité d’assister à une conférence d’Arundhati Roy. Pourtant, je n’ai pas immédiatement évoqué cette lecture sur le blog. Pour cause, je n’osais pas écrire au sujet d’une oeuvre vraiment unique et reconnue internationallement comme telle, et encore moins la femme impressionnante qui l’a écrite.

Rahel Kochamma revient dans son village natal pour y retrouver son jumeau Estha. Aussi, le lecteur suit le flux de sa conscience, au fil des bribes de souvenirs de son enfance, jusqu’au drame qui y a mis fin. A l’âge de huit ans, les jumeaux vivaient dans une Inde rurale paralysée par le système des castes ou couvaient des idées marxistes, entourés de leur grand-mère Mammachi, de leur oncle Chacko, de leur grand-tante Baby Kochamma, de leur mère Ammu et de Velutha, un Intouchable. Tous ont perdu un ou plusieurs êtres aimés. « Qui aimer, comment et jusqu’ où »?

C’est un roman émouvant et plein de suspense qui m’a appris des choses sur l’Inde.

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De Joanne Harris, j’ai lu Chocolat, qui est probablement son oeuvre la plus connue depuis son adaptation au cinéma avec Johnny Depp, il y a trois ans. C’est donc confiante que j’ai récemment commencé à lire Les Cinq quartiers de l’orange.

Quatrième de couverture : Lorsque Framboise Simon revient dans le village de son enfance sur les rives de la Loire, personne ne reconnaît la fille de la scandaleuse Mirabelle Dartigen, tenue pour responsable de l’exécution de onze villageois pendant l’occupation allemande, cinquante ans auparavant. Framboise ouvre une auberge qui, grâce aux délicieuses recettes de sa mère, retient l’attention des critiques, mais suscite les jalousies de sa famille.
Le carnet de recettes de Mirabelle recèle des secrets qui donneront à Framboise la clé de ces années sombres. Peu à peu, elle découvrira la véritable personnalité de sa mère, parfois si tendre, maternelle et sensuelle, subitement cruelle et tourmentée. En temps de guerre, les jeux d’enfants et les histoires d’amour ne sont pas toujours innocents. Leurs conséquences peuvent même être tragiques.

J’ai apprécié cette façon originale d’aborder le sujet brûlant de l’Occupation allemande en France au cours de la Seconde guerre mondiale. Joanne Harris en évoque les conséquences sur la vie à la campagne, avec ses secrets et ses commérages. Dans ce roman, rien n’est manichéen : la mère sévère a ses faiblesses, le courage du frère aîné ses limites, les allemands, cruels, peuvent faire preuve d’humanité… C’est toujours l’amour qui conduit à des actions aux conséquences incalculées. Derrière la grande Histoire, il y a de plus petites histoires, celles que nos ancêtres pourraient nous raconter.

Si Le Dieu des Petits Riens est une oeuvre à la qualité reconnue, il est dommage qu’on ne connaisse pas davantage Les Cinq quartiers de l’orange qui est selon moi un trésor !

Les points communs :

  • Un milieu rural modeste devenu malsain dans un contexte historique cruel.
  • Un fleuve comme symbole du danger.
  • Des familles déchirées.
  • Des souvenirs qui tournent en rond pour retarder l’évocation du point de non retour.
  • Les bons moments ne sont pas omis.
  • Le point de vue d’un enfant qui joue à des jeux dangereux.
  • Une vision terre à terre, réaliste et critique d’une société à une époque « taboue ».
  • La dernière page est une page d’amour.

Je ne peux que vous recommander la lecture de ces deux romans poignants !