Sodome, ma douce, Laurent Gaudé

Bonjour,

Aujourd’hui, je vais résumer en quelques mots ce que j’ai retenu de la lecture de cette brève pièce de théâtre contemporaine.

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Sodome, ma douce de Laurent Gaudé a été publiée en 2010 dans la collection Actes Sud-Papiers en 2010. Laurent Gaudé est un romancier, dramaturge, mais aussi scénariste, poète, novelliste et plus dont les romans les plus connus sont La Mort du roi Tsongor (2002) et Le Soleil des Scorta (2004) respectivement récompensés par le Pris Goncourt des lycéens et le Prix Goncourt. Papiers est une ancienne maison d’édition consacrée à l’édition de pièces de théâtre reprise par Actes Sud en 1987 pour questionner le travail de l’auteur, du metteur en scène et l’histoire du théâtre.

Cette pièce évoque le massacre des cités de Gomorrhe et Sodome via le monologue de la dernière survivante de Sodome qui veut mettre fin à l’oubli dans lequel son peuple est plongé.

Cette pièce renverse efficacement le mythe, faisant de Sodome la victime d’une religion qui lui est étrangère. Elle se lit très vite.

Roberto Zucco suivi de Tabataba et Coco, Bernard-Marie Koltès

Bonjour !

Dans cet article, je vais partager avec vous quelques informations de base sur un recueil contenant trois des pièces de théâtre les plus récentes de l’auteur Bernard-Marie Koltès.

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La pièce intitulée Roberto Zuccoécrite en 1988, s’inspire de faits divers : la cavale du tueur en série italien Roberto Succo (pour plus de détails, vous pouvez consulter cette page), ce qui explique le scandale qu’elle a suscité. Koltès a enrichi l’intrigue en y ajoutant l’histoire de la « gamine », jeune fille en perdition. Roberto Zucco est la dernière pièce achevée par Koltès avant son décès en 1989, et, selon son site officiel, la plus jouée dans le monde.

Selon le journal Vaucluse, L’Hebdo du 27 juillet 2004, « Zucco est un pur qui tue comme on efface une tache. La gamine aussi est pure, la vierge qui lui confie son pucelage pour qu’il le garde à jamais ». En effet, à la fin de la pièce, je ne pouvais pas me résoudre à trouver Zucco vraiment cruel. Comme Icare, il est tombé après s’être envolé vers le soleil. Cependant, Zucco est un personnage transparent : son nom s’efface et ceux qui le voient ne s’aperçoivent pas immédiatement de sa présence. En cela, il m’a légèrement rappelé Meursault dans L’Etranger de Camus… Pour moi, c’est une lecture sombre mais très fluide.

Comme Zucco et la gamine, les personnages des deux autres pièces du recueil sont caractérisés par leur solitude et leur marginalité.

Écrite en 1986, Tabataba met en scène le jeune Abou et sa sœur aînée Maïmouna. Cette-dernière s’inquiète de ne pas voir son frère cadet sortir avec les gens de son âge dans le village. Il lui répondra que, comme elle, il ne se sent pas à sa place parmi les autres et ne souhaite pas se marier car ils vivent très bien tous les deux. C’est une très brève pièce que l’on pourrait appeler à chute et dont j’ai apprécié la lecture.

Écrite en 1989, la pièce Coco fait partie des projets inachevés entrepris par Koltès après Roberto Zucco. Cette fois-ci, il s’est inspiré de Coco Chanel. Elle est composée de trois petites scènes entre Coco, mourante, et sa domestique Consuelo qui oscillent entre tendresse et défi. Malheureusement, j’ai trouvé que ces petites bribes n’étaient pas suffisantes pour se faire une opinion.

Vous intéressez-vous au théâtre contemporain ?

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

Bonjour !

Avec beaucoup de retard, voici un article sur un des plus grands succès de librairie de l’année qui vient de paraître au format poche.

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A travers les yeux de leur fils, on observe la vie d’un couple peu ordinaire, faite d’une vertigineuse fête perpétuelle. La mère, extravagante et imprévisible, mène la danse. Le père protège son petit monde de la réalité, mais pour combien de temps ? L’amour fou de cette famille continuera-t-il à enchanter leur quotidien, ou l’empoisonnera-t-il ?

Si le début farfelu du roman m’a semblé léger, les masques tombent et les émotions apparaissent au fil des pages. Les thèmes de l’amour, la différence et la folie sont abordés dans un cadre irréaliste, ce qui peut faire penser aux contes.

J’ai trouvé ce roman sympathique, sans être réellement bouleversant.

A bientôt pour des chroniques de littérature contemporaine !

Indochine

Bonjour,

Après mon petit florilège de paroles de chansons de Green Day, il me semble que cette série d’articles en lien avec la musique serait incomplète sans évoquer Indochine, mon groupe français favori. Je trouve dommage que beaucoup de personnes ne connaissent Indochine que pour ses tubes des années 80, sachant que leur oeuvre a continué à évoluer et à s’enrichir depuis, un nouvel album allant paraître d’un jour à l’autre ! De plus, ce groupe a sa place sur BDP car plusieurs de ses chansons sont directement liées à des oeuvres littéraires.

Attention, je précise que les droits des images utilisées ne m’appartiennent pas, que je ne mettrai pas de lien vers les chansons car vous pouvez facilement sur YouTube et que j’ai lu les propos de Nicola Sirkis dans le livre Kissing my songs qu’il a coécrit avec Agnès Michaux pour expliquer ses textes et leur écriture. C’est un excellent document pour ceux qui s’intéressent à l’oeuvre d’Indochine. Il est plutôt complet (sauf pour la musique parue plus récemment) et augmenté de copies des brouillons de Sirkis.

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  • Commençons par le commencement : le premier tube, L’Aventurier (1982).

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Ce n’est pas la nouvelle du siècle mais, pour écrire cette chanson, le jeune Nicola Sirkis s’est inspiré de la série de bandes-dessinées de Henri Vernes.

La mélodie était faite et je cherchais les mots que j’allais mettre dessus. Tout s’est passé le plus simplement du monde. J’ai pris un bouquin au hasard dans la bibliothèque… et je suis tombé sur Bob Morane ! J’ai pris la table des matières et ce sont tous les intitulés des chapitres qui ont servi à construire l’histoire de la chanson.

  • Salômbo (1985)

Le titre et l’aspect oriental de cette chanson rappellent forcément Salammbô de Flaubert.

J’avais lu Flaubert mais aussi Théophile Gautier et son Roman de la momie.

Selon Sirkis, cette chanson parle avant tout d’un tournant spirituel lié, entre autres, à sa découverte de la culture orientale.

  • Des fleurs pour Salinger (1990)

J’ai mis dix ans à pouvoir écrire cette chanson. Salinger a une telle place en moi, comme pour beaucoup d’adolescents. Ce qu’il écrit, c’est ma blessure, la sortie du monde de l’enfance, la perte de l’innocence. Une désillusion inguérissable. Fêlures qui deviennent de plus en plus violentes quand on grandit. Fêlures qui sont devenues de plus en plus grandes quand j’ai grandi. Nos rêves brisés… J’ai lu et aimé L’Attrape-coeurs mais aussi Un jour rêvé pour le poisson banane.

Les paroles de la chanson font allusion à la retraite de cet auteur qui a terminé sa vie en ermite. Sirkis l’admire, rêve de le rencontrer, de lui offrir des fleurs.

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Voici ma chronique, même si j’en parle moins bien que Nicola Sirkis.
  • Peter Pan (1996)

Forcément, cette chanson est associée à la pièce Peter Pan; or, the Boy Who Wouldn’t Grow Up (1911) de J.M. Barrie qui a marqué l’imaginaire populaire. J’aime beaucoup la version Indochine et je vous invite à aller au moins lire les paroles.

En fait, moi je m’en fous de vieillir. […] Et puis, je me méfie de ces syndromes de psychanalystes… Ma jeunesse, entre guillemets, c’est de ne pas avoir jeté l’ancre. Je n’ai pas trahi mes idéaux, j’ai juste mûri avec. […] La chance de ce métier, c’est que j’ai l’impression qu’il me permet de vivre une adolescence éternelle. En fait, les choses sont simples : j’ai juste fait une chanson sur le livre de J.M. Barrie que je trouve extraordinaire !

Personnellement, je trouve qu’Indochine est un groupe qui vieillit, certes, mais bien. Il évolue beaucoup mais leurs chansons plus anciennes ont conservé leur fraîcheur qui fait sourire… Ceci dit, je comprends que l’on ait du mal à passer au-dessus du côté rétro de L’Aventurier & co.

  • Astroboy (1999)

-Astroboy, tu veux dire « ce héros du futur toujours là quand il faut, Astro le petit robot » ?

-Exactement et on ne se moque pas ! […] Ca a donné ma première chanson manga. Après tout, c’est une sorte de Bob Morane des années 90. […] La Route orange est le titre de l’une des aventures d’Astroboy. C’est une chanson spatiale, sur la violence du manga, un collage de situations. […] J’ai eu beaucoup de plaisir à l’écrire, mais en fait, pour être sincère, je ne lis pas beaucoup de mangas.

Moi non plus, vous l’aurez remarqué sur ce blog :p

  • Un ange à ma table (2009)

Oui, le malheur des femmes, celui de l’écrivain néo-zélandaise Janet Frame, dont Un ange à ma table de Jane Campion [réalisatrice du biopic reprenant le titre d’un volume de l’autobiographie de Frame] racontait l’existence tourmentée, cette lobotomie programmée puis annulée pour cause de prix littéraire. Le malheur de Sylvia Plath qui se suicide la tête dans le four…

On peut découvrir des oeuvres littéraires par un film comme Nicola Sirkis a découvert Frame, par une chanson puisque je ne connaissais pas Frame avant Indochine et cela n’a pas moins de valeur ! Toutes les créations artistiques s’influencent, rien n’est imperméable et, plus son sens est complexe, plus l’oeuvre est intéressante.

  • Le Lac (2009)

C’est vrai, hommage à Rimbaud et à son Dormeur du val, poème sublime sur la guerre. J’aime la force de l’image : ce soldat tout seul, dans un endroit d’une grande beauté et la laideur de sa réalité, la blessure et la mort. Traiter de ces contrastes m’intéressait.

Je fais une exception en ajoutant un lien vers le clip qui enrichit vraiment le texte. Comme Nicola Sirkis le chante, il incarne un soldat couché, serein, seul, il pense à une personne qui lui manque. Un couple âgé ne le voit pas et explore le lac, partageant un moment romantique.

 

On aime la voix, la plume, le look de Nicola Sirkis ou on les déteste. Indochine incarne « une adolescence éternelle » dans le sens où le groupe évolue, demeurant imprévisible, indéfinissable ; Sirkis reste lui-même tout en restant artiste, ne s’enferme pas, conserve la liberté d’apprendre et de créer. Nicola Sirkis est musicien. Il est lecteur. En effet, je n’ai mentionné que les exemples les plus clairs mais il parle de livres tout au long de Kissing my songs. Il est auteur. De chansons, bien sûr, mais aussi d’un recueil de nouvelles et d’un carnet de route d’une de ses tournées :

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Connaissez-vous des musiciens lecteurs ?